Portrait de Howard Weinstein, fondateur de Solar Ear
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Solar Ear est un social business qui vend des appareils auditifs à bas coût dans les pays en développement. L’appareil commercialisé par Solar Ear coûte 1/5ème du prix du modèle le moins cher sur le marché et ses piles peuvent être rechargées grâce à un chargeur solaire. Crée par Howard Weinstein au Botswana en 2002, le modèle vient d’être répliqué au Brésil et des projets sont en cours en Israël, et au Bangladesh. Solar Ear emploie une majorité de personnes sourdes et réinvestit ses profits dans des projets de soutien aux enfants sourds où dans des programmes de prévention des infections qui peuvent impacter l’ouïe.
Descente aux enfers
Fermez les yeux et imaginez. Le monde vous appartient. Vous avez réussi dans les affaires et dirigez la filiale canadienne d’une multinationale américaine. Vous êtes marié et avez une petite fille de 10 ans, Sarah, en pleine santé et une maison campagne qui donne sur un superbe lac. Puis, du jour au lendemain, votre vie bascule…Non, ce n’est pas le pitch du film catastrophe hollywoodien de Noël 2010 ou le dernier roman de Marc Lévi. C’est la vie de Howard Weinstein jusqu’à la nuit du 6 juin 1995 où Sarah, sa fille unique, meurt pendant son sommeil, victime d’un accident cardio-vasculaire.
Le cauchemar n’est pas terminé. Fermez les yeux à nouveau et imaginez. Vous venez de perdre subitement votre fille unique et après une semaine de deuil, vous rassemblez vos forces et reprenez courageusement la route du travail. A peine arrivé dans votre bureau, votre patron débarque et vous annonce froidement qu’après ce qu’il vient de vous arriver, vous risquez d’être un poids pour l’entreprise. Vous êtes licencié.
Deux chocs de cette envergure peuvent faire sombrer un homme. La première année après la mort de sa fille, Howard Weinstein en pleine dépression, a faillit sombrer. A la fin des années 90, il décide de réagir et de se reprendre en main en créant une entreprise qui commercialise des sièges de toilettes électroniques adaptés aux besoins des personnes handicapées. Les affaires ne prennent pas : « je n’avais plus le cœur à faire du business ». Howard fait faillite engloutissant au passage sa fortune personnelle et ses biens.
Renaissance à l’africaine
Dans un sursaut de vie, quasiment instinctif et n’ayant plus rien à perdre, Howard accepte de partir au Bostwana en tant que volontaire pour le Camp Hill Community Trust, une communauté de personnes handicapées. Trois jours après son arrivée à Otse, un village de 3500 habitants dans le sud du pays, on frappe à la porte de sa case en torchis. Sur le seuil, l’institutrice d’une école du quartier vient passer commande d’un appareil auditif pour sa fille. Howard voit dans cette visite impromptue un signe du destin : la jeune fille malentendante qui accompagne sa mère s’appelle Sarah (comme sa propre fille) et est âgée de 17 ans, soit exactement l’âge qu’aurait eu sa fille si elle était encore en vie. Howard va nouer une relation particulière, presque paternelle, avec Sarah « Elle m’appelait papa et jouait un rôle de leader dans la communauté de Camp Hill ». Cette rencontre est le point de départ de Godisa, un social business de fabrication d’appareils auditifs à bas coûts et rechargeables grâce à l’énergie solaire. Ce projet a du sens : plus de 278 millions de personnes dans le monde ont besoin d’un appareil auditif et seulement 16 millions d’unités sont produites chaque année. Bien que les pays en développement comptent les deux tiers des personnes ayant besoin d’une aide auditive, seul 12% de la production mondiale leur est destinée. A la pénurie de produits disponibles s’ajoute le prix élevé des appareils auditifs qui restent inaccessibles pour les populations à bas revenus. Il faut en effet compter entre 500 et 5000 dollars par appareil (sachant qu’il en faut souvent deux) et 1 dollar par semaine pour les piles.
Godisa
Howard ne connaissait rien à l’audiologie. Il choisit dès la phase de conception du projet d’impliquer une équipe de personnes sourdes de Camp Hill, dont la jeune Sarah, et de travailler en collaboration avec des experts de différents pays pour développer 3 produits : un appareil auditif à bas coût, un chargeur de piles solaire et des piles rechargeables adaptées aux appareils auditifs du monde entier. Vendu moins de 100 dollars, le kit appareil auditif/chargeur solaire/4 piles est une solution révolutionnaire pour les personnes souffrant de déficience auditive dans les pays en développement. En plus du prix accessible, les piles rechargeables et le chargeur solaire leur permettent d’économiser le coût de nouvelles piles nécessaires chaque semaine. La fabrication aussi est révolutionnaire car tous les produits sont assemblés par des personnes sourdes de la communauté de Camp Hill. Le succès est immédiat : en moins de deux ans Godisa devient rentable et après 6 ans d’existence, l’entreprise a vendu plus de 10 000 appareils auditifs, 15 000 chargeurs et 20 000 piles. En 2003, Howard Weinstein est invité par l’OMS à Genève, pour présenter ses produits. « Ils voulaient voir le produit fini dont un groupe de travail discute depuis 15 ans et que nous avons développé en 9 mois ! » Lors de cette conférence, deux ORL brésiliens invitent Howard à un de leur congrès à Sao Paulo et le mettent en relation avec le Dr Déborah Ferrari, professeur d’audiologie à l’université de Sao Paulo, qui lui propose de venir répliquer Godisa au Brésil.
Solar Ear
Lorsqu’Howard Weinstein quitte le Botswana, Godisa compte 35 employés handicapés et une nouvelle directrice, Modesta Zabula, qu’il a lui même formé pendant plusieurs mois. Exténué après ses 5 ans de bons et loyaux services africains, il a besoin de faire une pause et décide de rallier Panama à Montréal avec les moyens de transports locaux. Ce voyage lui rappelle le tour du monde de deux ans qu’il avait réalisé dans les années 70, après avoir obtenu son diplôme de commerce à l’Université de Syracuse aux Etats Unis. En 2007, il s’installe à Sao Paulo et une fois de plus, repart de zero. Il trouve un partenaire, l’Instituto CEFAC, qui a la même mission et des fonds pour financer une partie de son projet. Howard lève également 200 000 dollars supplémentaires et se lance dans le développement d’une nouvelle génération d’appareils auditifs, de piles rechargeables et de chargeurs. Il recrute une équipe de personnes sourdes pour la fabrication du kit au Brésil et fait venir quelques uns de ses meilleurs éléments de Godisa au Botswana pour les former pendant 6 mois. Sarah qui a alors 25 ans est du voyage. La production commence en 2009 et Solar Ear Brésil vend son kit en Amérique du sud via des ONG et des programmes gouvernementaux.
Après l’Afrique Sub-saharienne couverte par Godisa, et l’Amérique Latine prise en charge par Solar Ear, Weinstein a plusieurs autres projets en cours, notamment en Israël pour toucher le marché nord Africain et au Bangladesh (avec la Grameen Bank) pour l’Asie. Tous ces social business sont indépendants les uns des autres mais centralisent leurs achats afin de bénéficier d’économies d’échelle et réinvestissent l’ensemble de leurs profits dans des programmes d’éducation dédiés aux enfants sourds. La technologie n’est pas brevetée car Howard considère que « ce serait formidable si de grandes entreprises copiaient nos inventions. Leurs réseaux de distribution, qui sont bien plus puissants que les nôtres, permettrait de répondre plus vite aux besoins et le marché est gigantesque ».
Happy end
Cependant Howard ne va sans doute pas quitter le Brésil de si tôt. Il s’est en effet remarié en 2008 avec Monica, une ORL brésilienne de 41 ans et est le beau père de Stella et Luisa. Une fin en forme de happy end tropical.



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