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Portrait de Duncan Goose, fondateur de la fondation One

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D.Goose 2

C’est en 2004 à la suite d’un tour du monde en moto que Duncan Goose décide de fonder One water, une bouteille d’eau minérale dont l’intégralité des bénéfices est reversée à l’ONG Playpumps qui développe l’accès à l’eau potable en Afrique en construisant des tourniquets pour enfants, qui lorsqu’ils sont actionnés jouent le rôle de pompe à eau et remplissent les citernes des villages. Fort du succès de One Water, Duncan Goose décide de diversifier la marque ONE et de décliner le concept de « produits associés à des problèmes de pauvreté ». Ainsi on trouve maintenant dans les rayons des supermarchés au Royaume-Uni, en Australie, aux Etats-Unis, des préservatifs qui financent la lutte contre le SIDA, du papier toilette et du savon dont les profits financent des projets sanitaires au Kenya, des produits financiers dont les intérêts sont reversés à des institutions de micro-finance…le concept se développe à tout allure et, à l’instar du commerce équitable, révolutionne le capitalisme de l’intérieur.

Pour la petite histoire

Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons Duncan Goose. Nous connaissons Duncan et suivons son parcours depuis déjà quelques années. C’est dans les locaux de Total UK dans la banlieue londonienne que nous avons rencontré Duncan pour la première fois. A l’époque, il faisait du porte à porte, essayant désespérément de vendre son nouveau concept de produit éthique et ne cessait d’essuyer des refus. Jusqu’au jour où il rencontre Ian Mackie, le responsable des magasins dans les stations service Total au Royaume-Uni. Ian tombe sous le charme et décide de lui donner une chance. Après quelques mois d’essai, One Water remporte un franc succès et bientôt la BBC, Tesco, les universités, Sainsbury’s et bien d’autres encore décident d’emboiter le pas et de distribuer son produit.

Duncan, l’aventurier au grand cœur

Pourtant Duncan Goose n’en est pas à sa première tentative, c’est un récidiviste de l’aide aux plus démunis. A 29 ans, il décide de mettre sa carrière entre parenthèses pendant deux ans pour réaliser un vieux rêve : faire le tour du monde en moto. Ces deux années seront placées sous le signe de l’aventure. En effet, après avoir crashé sa moto, s’être fait tiré dessus et avoir été retenu captif par une tribu en Afghanistan, il se retrouve en 1998 au Honduras au moment où l’ouragan Mitch, l’un des meurtriers de l’histoire, s’abat sur le pays. 30 000 personnes sont tuées et les dommages s’élèvent à 4 milliards de dollars. Ebranlé par cette catastrophe, Duncan décide, avec d’autres voyageurs, de retrousser ses manches et de passer à l’action en levant des fonds au Royaume-Uni. Il y parvient et parvient à reconstruire 13 villages. « Il n’y a pas forcément besoin de beaucoup d’argent pour aider les personnes les plus démunies. Il faut juste savoir l’utiliser de la meilleure façon ».

L’histoire de One Water commence pourtant quelques années plus tard, en 2004, à Londres dans un pub avec des amis. Le talentueux Duncan excelle alors dans le métier de « business developper » dans une agence de publicité et travaille avec les plus grandes marques. Au fil de la soirée, il est interloqué par une phrase d’un de ces amis : « savez-vous que plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et que 1.8 millions d’enfants meurent chaque année des suites de maladies provoquées par l’ingestion d’eau contaminée ?». Duncan et ses amis, de brillants marketeurs et financiers, commencent alors à se demander comment ils pourraient mettre leur savoir-faire au service des plus pauvres. Soudain Duncan a un éclair de génie : pourquoi ne pas vendre de l’eau dans les pays développés afin de financer des projets d’accès à l’eau potable dans les pays en développement ? Ce soir là, Duncan sort du pub avec la ferme intention de changer les choses et il a déjà sa petite idée en tête…

ONE, du rêve à la réalité

Passionné par le sujet, il consacre soirs et week-ends à cette nouvelle idée qui l’obsède. Très vite, il crée Global Ethics Ltd dont la mission première est de lever des fonds pour financer des projets humanitaires d’accès à l’eau potable dans les pays en développement et démissionne de son travail pour se consacrer à plein temps au projet. Il investit toutes ses économies et hypothèque sa maison. Alors que One Water commence tout juste à prendre forme, il bénéficie d’un coup de pousse venu du ciel: « Alors que nous étions au pays de Galle, attendant que les premières bouteilles sortent des unités de production, nous entendîmes à la radio, Bob Geldof présentant le Live8 qui devait avoir lieu un mois plus tard. J’ai tout de suite pensé que nous devions faire de One Water, la bouteille d’eau officielle de l’évènement ». Duncan au volant de sa voiture prend la direction de Londres sans plus tarder et livre les bouteilles tout juste sorties d’usine aux organisateurs qui décident de lui donner sa chance. « J’appris quelque temps après qu’une grande marque avait pourtant offert des millions pour couvrir l’évènement ». Mais Duncan va vite redescendre de son petit nuage en faisant la tournée de distributeurs potentiels de son produit qui restent incrédules jusqu’à cette fameuse rencontre avec Ian Mackie.

« When you drink One, Africa drinks too »

Les £70 000 gagnés grâce aux ventes de One Water la première année, ont servi à installer la première pompe en Afrique du Sud début 2006. Grâce à ce dispositif peu couteux, facile à mettre en place et durable, les habitants ne sont plus contraints de marcher pendant plusieurs heures tous les jours (en moyenne 5 heures par jour) pour aller s’approvisionner en eau. Désormais la pompe activée par le tourniquet pour enfants remplit un réservoir d’eau et donne ainsi accès à l’eau potable à l’ensemble de la communauté. C’est avec une certaine fierté que Duncan nous avoue que depuis 2005, £7 millions ont été reversés pour financer des projets d’accès à l’eau potable en Afrique ce qui a changé la vie de plus d’un million de personnes. Aujourd’hui One Water n’est plus seulement distribuée au Royaume-Uni mais également en Afrique du Sud, en Irlande, en Malaisie, aux Etats-Unis ou encore Australie et permet de financer de nombreux projets dans les pays du sud de l’Afrique.

« A un problème de pauvreté, un produit associé »

Le succès de One Water apporte la preuve de l’existence d’un marché jusqu’alors sous-estimé. En effet, le marché des produits éthiques représentent aujourd’hui 10.6 millions de consommateurs au Royaume-Uni et « avec l’arrivée sur le marché des générations Y et bientôt G (comme générosité), les ventes de produits éthiques vont littéralement exploser dans les années à venir » nous avoue Duncan. Pendant que les grandes marques commencent tout juste à réfléchir à de nouveaux produits adaptés à ces nouveaux consommateurs, Duncan Goose, lui, diversifie la gamme de produits de la marque ONE. Le raisonnement de Duncan est simple : « à un problème de pauvreté, un produit associé ». Ainsi la commercialisation de préservatifs sert à financer des programmes de prévention et de dépistage du sida, les profits obtenus par la vente de papier toilette sont réinvestis dans des programmes d’amélioration de l’hygiène et de construction de sanitaires et les bonbons ONE financent des dispositifs permettant aux plus pauvres de commencer une activité agricole. Et le petit dernier en date est le financement d’institutions de micro-finance (IMF). Le fond d’investissement Alquity Investment Management reverse une partie de ses profits à One Foundation qui sélectionne et finance des IMFs en Afrique. Alors que notre réunion touche bientôt à sa fin, Duncan s’éclipse pour rejoindre le directeur commercial d’une grande banque britannique pour discuter d’une carte de crédit One dont les profits seraient justement reversés à des IMFs….et des propositions comme celle-ci, il en a tous les jours tant et si bien qu’il ne sait plus où donner de la tête. Quant on lui demande quel est le plus gros challenge qu’il rencontre aujourd’hui, il nous répond : « la structure actuelle de One Foundation ne permet pas d’accompagner la croissance exponentielle de la demande». On a vu pire comme difficulté !

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