Portrait de Felipe Vergara, fondateur de Lumni
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Lumni est un social business innovant, crée en 2002 par deux colombiens, Miguel Palacios et Felipe Vergara pour révolutionner le marché du financement de l’éducation supérieure et permettre à des étudiants issus de milieux défavorisés de poursuivre leurs études et trouver un emploi de qualité. Lumni collecte l’argent d’investisseurs sur les marchés financiers pour créer des fonds qui financent les études d’étudiants. En retour les bénéficiaires s’engagent contractuellement à rembourser leurs investisseurs dès qu’ils trouvent un emploi, en leur versant un pourcentage fixe de leurs salaires sur une durée déterminée. Lumni est actif au Chili, en Colombie, au Mexique et aux Etats-Unis.
1945, l’idée de départ
Certaines idées mettent des dizaines d’années avant de se réaliser. HCC est de celles ci. Outre son nom barbare en 3 lettres pour Human Capital Contracts – ou Contrats de Capitaux Humains, elle se distingue par son instigateur, Milton Friedman, un des économistes les plus influents du XXème siècle. Elle a fait beaucoup de bruit à l’époque, dans les années 50 car elle postulait que l’on pouvait investir dans un homme comme dans n’importe quel objet ou entreprise. Elle proposait de créer un instrument financier pour que des investisseurs puissent acheter des parts du futur salaire d’un individu. Mais on l’a peu a peu oublié quelque part dans les cartons poussiéreux de l’Histoire des théories économiques.
Un terreau fertile
Né en Colombie au milieu des années 1970 d’un père entrepreneur et d’une mère professeur, le jeune Felipe Vergara semblait prédestiné à devenir un entrepreneur dans le secteur de l’éducation. Dans les années 80, l’entreprise de son père qui dépend largement des exportations vers l’Europe flirte avec la banqueroute suite aux dévaluations successives des monnaies européennes. Avec les difficultés financières de sa famille, le jeune Felipe constate que l’éducation dans son pays n’est pas un droit comme il l’avait toujours cru, mais un privilège pour lequel il faut se battre. Il ouvre alors les yeux sur l’ampleur des inégalités concernant l’accès à l’éducation, une prise de conscience dont le gout amer semble l’avoir marque a vie, formant le terreau fertile de ses futurs engagements.
Croquer la pomme interdite
Apres son diplôme d’ingénieur industriel, Felipe part travailler en France puis au Brésil, suivant les conseils de son père qui souhaitait à son fils la stabilité et le confort qu’offre une carrière dans une grande entreprise. De retour à Bogota en 1994, Felipe partage son temps entre l’enseignement de la stratégie d’entreprise et un poste dans une grande banque d’investissement. En dehors de ses heures de travail, il fait du conseil auprès de petites entreprises au bord de la faillite et décide, à 25 ans contre l’avis paternel, de créer sa première société, Taller de Estrategia, spécialisée dans le conseil aux PME. En 1997 son cabinet de conseil comptait 15 salariés et des dizaines de clients en Colombie, en Equateur et au Venezuela. Felipe a croqué la pomme de l’entrepreneuriat et au grand dam de son père, il aime ca.
La traversée du désert
Apres un MBA à l’université américaine de Wharton où il rencontre sa femme et un court passage par le conseil en stratégie à New-York puis Paris, Felipe crée Ulatina, une start-up de e-learning qui veut surfer sur la vague de la Nouvelle Economie. Cette première tentative entrepreneuriale dans le secteur de l’éducation est aussi son premier échec et le début d’une période de doutes et de questionnements. Loin de l’écœurer, cet échec cuisant le conforte dans sa volonté de devenir entrepreneur. « J’ai compris qu’être entrepreneur est un engagement de long terme, pas quelque chose qu’on fait pendant un an ». Entre deux missions de conseils à vocation alimentaire, Felipe explore de nouvelles possibilités d’entreprises dans le secteur de l’éducation. Sans réel succès.
La révélation
Le déclic viendra d’une rencontre. En juillet 2001, un ami de Felipe le présente à Miguel Palacios, jeune chercheur a l’Université de Darden aux Etats Unis et fils de l’ancien directeur de la Banque Centrale de Colombie. Palacios travaille depuis quelques années sur les instruments innovants de financement de l’éducation et cherche à remettre au goût du jour les Contrats de Capitaux Humains de Milton Friedman. Selon lui, « un des principaux actifs des jeunes est la valeur de leurs futurs revenus. HCC permet à ces jeunes d’échanger une portion de leurs revenus futurs contre le financement de leur éducation ».
Pour Felipe, c’est la révélation. Il propose à Miguel Palacios de concrétiser ses réflexions et de tester sur le terrain la théorie HCC. Au delà de leur complémentarité évidente, les deux hommes ont les mêmes racines et la même passion pour l’éducation. « Nous venons tous les deux de Colombie ou de nombreuses personnes de notre entourage, qui étaient souvent plus intelligentes que nous au lycée, n’ont pas pu aller à l’université car elles n’en avaient pas les moyens ». Ils voient dans la théorie HCC un moyen de permettre aux étudiants pauvres de financer leurs études et un instrument qui peut révolutionner le financement de l’éducation supérieure dans les pays en développement.
La naissance de Lumni
Plutôt que de construire un business-plan, Palacios et Vergara établissent la société Lumni Inc, domiciliée à Miami chez Felipe Vergara, et décident de créer un « fond HCC » pilote pour démontrer la viabilité du concept. Pour ce premier fond, ils choisissent le Chili, pays plus stable que leur pays natal et que Palacios connait bien pour y avoir travaille quelques années auparavant. Réalisant très tôt que le développement de Lumni allait prendre du temps et demander un effort financier conséquent avant de devenir rentable, Felipe Vergara décide de lancer en parallèle une école de langues dédiée aux employés de grandes entreprises, afin de subvenir à ses besoins financiers. Après de nombreux allers-retours à Santiago et un travail d’arrache pied où ils durent se cogner aux questions juridiques complexes qu’implique une telle entreprise, Lumni lance son premier fond en octobre 2002, s’appuyant en grande partie sur de l’argent de proches. Contraints de prouver qu’un fond HCC peut être rémunérateur pour les investisseurs, Miguel et Felipe ne prennent pas de risques et sélectionnent 6 étudiants dans les meilleures universités de Santiago. En échange du financement de leurs 2 ou 3 dernières années universitaires, ces étudiants s’engagent contractuellement à reverser un pourcentage fixe de leurs salaires sur un nombre de mensualités prédéterminé. Le pourcentage et la durée de remboursement sont calculés en fonction du montant requis, de l’université et de la carrière choisie. Ce mode de financement protège les étudiants contre le surendettement en cas de salaires faibles ou de chômage (le remboursement étant différé pendant la recherche d’emploi). En cas de faibles revenus, l’étudiant remboursera une somme inferieure au montant investi; à l’inverse, s’il touche un salaire plus élevé que celui anticipe par Lumni, il remboursera bien plus (dans la limite d’un plafond de 30% annuel).
La reconnaissance
Ce premier fond chilien est un succès et Lumni Inc développe rapidement de nouveaux fonds en Colombie, au Mexique, au Chili et depuis peu aux Etats-Unis. En 2010, Lumni a permis à près de 2000 étudiants de financer leurs études et la filiale colombienne, la plus importante par le nombre d’étudiants financés, a atteint son point de rentabilité. Felipe Vergara continue d’affiner le modèle, s’appuyant sur des équipes passionnées dans chaque pays et Lumni bénéficie d’une reconnaissance grandissante. Felipe Vergara, nommé parmi les 25 entrepreneurs sociaux les plus prometteurs en 2009 par Bloomberg Business Week, était invité par le Président Clinton sur la scène du sommet 2010 de la Clinton Global Initiative.



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