No Paine no gain!
Torres del Paine, Patagonie, 16 octobre 2010
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Nous nous effondrons dans les couettes roses bonbon de « l’hôtel Nancy » de Puerto Natales, épuisés après 4 jours de lutte avec la nature et près de 80km à pied dans les sentiers tortueux du parc Torres del Paine en Patagonie chilienne. Nos pieds sont brûlants, nos joues sont d’un rouge bien frappé, mais notre fatigue est saine.
Depuis le temps qu’on rêvait d’être fouetté par les vents patagoniens, on a été servi comme des rois. Dans ces montagnes où les 40èmes rugissants et les 50èmes hurlants se donnent régulièrement rendez-vous, on passe du paradis à l’enfer en un claquement de doigts. La nature ne se contente pas de nous remettre à notre place, elle se joue de nous, fait des farces et rit de nos déboires de randonneurs. Le climat est imprévisible, les températures oscillent entre le chaud et le froid, et nous passons constamment de la pluie à la neige, d’une lumière ténébreuse à une luminosité aveuglante. Une rafale à gauche gonfle nos sacs à dos et nos gore-tex pour nous projeter violemment contre un rocher avant de nous frapper par la droite et de nous faire perdre l’équilibre et fleureter avec le vide. Les arbres tentent de freiner notre progression laborieuse, nous tâclent avec leurs racines sournoises et à la nuit tombée des renards affamés en veulent à nos provisions, prêts à saccager notre tente dès que l’on s’absente pour se réchauffer dans un refuge – on ne savait pas que les renards aimaient les soupes lyophilisées Maggi ! Autant le reconnaître, nous ne sommes que des pantins qui s’obstinent à avancer coûte que coûte pour…contempler le paysage et savourer une vue imprenable ! La nature humaine est quand même bien étrange, n’est-ce pas ?
Mais lorsqu’une accalmie se présente, toutes ces difficultés s’effacent pour laisser place à l’admiration. Les trois Torres, ces tours de granite géantes, sculptées par les vents, se dressent devant nous pour éperonner les nuages qui défilent, créant un jeu d’ombres et de lumières constamment en mouvement. Le glacier Francès, vomit son trop-plein de neige et de glace dans une succession d’avalanches dont le bruit de tonnerre résonne dans toute la vallée. Les icebergs du glacier Grey quittent leur palais de glace et viennent s’échouer tragiquement sur les bords du lac. S’ensuit une lente agonie qui leur donne un bleu translucide et flamboyant, dernier sursaut de fierté avant la fonte complète dans les eaux grises et laiteuses du lac. Non, pour rien au monde nous n’aurions raté ce spectacle.



Que de souvenirs… Nous confirmons, ce texte poétique reflète bien la réelle âpreté de la région patagonienne.
Bonne route les amis. Vous nous manquez. Rentrez nous vite (après avoir profité, bien sûr, de ces instants magiques).
Et comme disent nos amis américains, « No brain no pain »