subscribe: Articles | Comments

Bolivie Digital Divide Data

Portrait de Jeremy Hockenstein, fondateur de Digital Divide Data

0 comments

 –> Pour acceder a l’etude DDD, cliquer ici

–> Pour acceder a la video, cliquer ici

 

Digital Divide Data, la globalisation qui a du bon !

 

Capture d’écran 2010-09-22 à 21.20.00Digital Divide Data (DDD) est un sous-traitant de numérisation de documents à vocation sociale. Fondé en 2001 par Jeremy Hockenstein, DDD recrute des jeunes cambodgiens et laotiens issus de familles pauvres et leur permet, au travers d’un programme de travail-études de 4 ans, de gagner leur vie tout en suivant des cours à l’université pour ensuite migrer vers des emplois de qualité et sortir durablement de la pauvreté.

 

 Deux pays, deux vies, deux chemins

Etats-Unis, début des années 90 –  Le jeune Jeremy Hockenstein suit le chemin de l’élite américaine. Tout s’enchaine vite et bien : après avoir fait ses marques sur les bancs de l’Université de Harvard, il est recruté par le prestigieux cabinet de conseil en stratégie, McKinsey où il débute en tant que consultant. Ambitieux et dynamique, il progresse dans la hiérarchie et acquiert la confiance de son employeur qui lui finance un MBA au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

 

Cambodge, même période – Kunthy Kann est au collège dans une province rurale à 50 kilomètres de Phnom Phen. Son pays est ravagé par près de 20 ans de guerre et de dictature communiste, une génération entière a été décimée, les élites ont été tuées et l’économie est au plus bas. Une fois ses études secondaires terminées, Kunthy Kann n’a d’autres choix que d’aider sa mère à la ferme familiale, comme la plupart des jeunes de sa génération. Son père est mort peu de temps après sa naissance, sa famille est pauvre, et les perspectives d’une vie meilleure sont réduites.

 

Sorties de route

Chine, année 2000 – Jeremy Hockenstein est expatrié à Hong Kong. Sur les conseils d’un ami, il décide d’aller un week-end au Cambodge pour visiter les temples d’Angkor. Ce voyage marque le début d’une veritable « sortie de route » dans son parcours professionnel. Jeremy, dont la mère d’origine juive est née dans un camp de concentration en Allemagne pendant l’holocauste, est  profondément bouleversé par les plaies encore béantes laissées par le génocide cambodgien perpétré 20 ans plus tôt. Il voit les jeunes qui étudient l’anglais et l’informatique dans l’espoir de trouver un travail, de se raccrocher aux wagons de la globalisation et de briser le cercle vicieux de la pauvreté et du handicap (beaucoup de jeunes ont été estropié par les mines antipersonnelles, véritable arme de destruction massive au ralenti). L’économie du pays est encore moyenâgeuse, déconnectée de l’économie mondiale et la moitié de la population – les jeunes entre 20 et 25 ans – est exclue du marché du travail et condamnée à une vie de misère.

 

La même année, à Phnom Phen Kunthy Kann lui aussi fait sa sortie de route ! « La vie de paysan n’était pas faite pour moi, après 12h de travail aux champs, j’étais tellement fatigué que j’allais me coucher directement. Il fallait que je trouve autre chose ». Kunthy a donc fui. Il est parti à bicyclette, tenter sa chance en ville, à 50 kilomètres de la ferme familiale. Après avoir bénéficié de cours d’anglais et d’informatique dispensés par une église de quartier, il devient professeur d’anglais à son compte et gagne à peine 60 dollars par mois.

 

Arrivée au croisement

2001, Etats-Unis – Jeremy revient d’un deuxième voyage au Cambodge. Cette fois il n’etait pas seul, quelques amis et anciens collègues l’ont accompagné pour évaluer ce qu’ils pourraient faire pour changer les choses dans le pays. A chaque fois qu’ils interrogeaient les cambodgiens sur leurs besoins, la réponse était unanime « un emploi ». Nous sommes en 2001, internet  commence à changer la face du monde, et Jeremy a maintenant un projet concret : créer une entreprise de numérisation de documents au Cambodge qui  fournisse un emploi et une formation à des jeunes issus de milieux défavorisés. 5 mois plus tard, Digital Divide Data est crée et Jeremy décroche son premier contrat d’une valeur de 50 000 dollars pour la numérisation de Harvard Crimson, le journal des élèves de Harvard. Jeremy veut créer une dizaine d’emplois et entend gérer le projet à distance via internet en sortant du boulot. Mais rapidement, les clients se multiplient. Il doit faire un choix.

 

Juin 2001, à Phnom Phen - Lors d’une fête populaire, Kunthy se perd dans les rues de la capitale. Il demande son chemin à un gardien d’immeuble. Kunthy a fait le tour de son métier de professeur d’anglais. Il a du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois et a le sentiment de ne plus rien apprendre.  En cette soirée de juin 2001, le hasard fait bien les choses. Le gardien avec qui il sympatise travaille pour une  récente entreprise d’informatique qui recrute. Les salaires ne sont pas mauvais et l’entreprise finance des cours à l’université.

 

Montée en puissance

Mai 2010, Phnom Phen - Il est 14h, nous pénétrons dans le hall de l’immeuble de verre où une jeune réceptionniste nous accueille tout sourire. Sur le tableau au dessus d’elle est inscrit « Welcome to Escale Responsable ». Nous avons rendez-vous avec le directeur de l’entité DDD à Phnom Phen, Kunthy Kann. Depuis qu’il a rejoint DDD en tant que Data Entry Operator, Kunthy a gravit les échelons (et a même obtenu un diplôme d’une université japonaise). DDD aussi a grandit et s’est structuré en une entreprise sociale de renom, célébrée dans le best seller « La terre est plate » de Thomas Friedman, l’influent éditorialiste du New York Times. Elle compte aujourd’hui plus de 500 clients internationaux, a des locaux à Phnom Phen, Battambang, et Ventiane et a servi de tremplin professionnel à plus de 1 000 jeunes. Les employés de DDD travaillent à mi-temps et suivent un cursus universitaire le reste du temps. En plus de leur salaire, et des soins médicaux, DDD finance 60 à 80% de leurs études à l’université. A la fin du programme de 4 ans, les employés ont un diplôme de niveau Bachelor et une expérience professionnelle conséquente qui leur permettent de quitter DDD pour des emplois de qualité. Les anciens employés de DDD gagnent 6 fois le salaire moyen de leur pays, et sont durablement sortis de la pauvreté. Jeremy Hockenstein a donc fait le bon choix. Un choix déraisonnable : il a fait une croix sur la sécurite et le confort d’une carrière en or pour se consacrer au développement de DDD. Basé à New-York, il manage aujourd’hui son entreprise à distance, via internet.

 

C’est sûr, l’histoire de DDD n’aurait pas été possible il y a vingt ans. C’est une histoire du XXIème siècle où les distances géographiques n’existent plus, où l’économie n’a plus de frontières et où les possibilités du monde virtuel sont quasiment illimitées… L’histoire de DDD, c’est un peu celle d’une globalisation qui bénéficie aux plus pauvres, une belle histoire donc.

 

 

Trackbacks/Pingbacks

  1. Digital Divide Data | Escale Responsable - [...] Portrait de Jeremy Hockenstein, fondateur de Digital Divide Data Voyage surréaliste sur la planète Uyuni [...]
  2. Vidéo Digital Divide Data | Escale Responsable - [...] –> Pour acceder au portrait de Jeremy Hockenstein, fondateur de Digital Divide Data, cliquer ici [...]

Leave a comment

You must be logged in to post a comment.