Pouvoirs publics et entrepreneurs sociaux : les prémices d’une révolution
Comment les pouvoirs publics peuvent-ils collaborer avec les entrepreneurs sociaux pour résoudre les problèmes sociaux les plus pressants ? C’est en partie l’objectif d’Escale Responsable que d’y répondre, et c’est aussi le sujet d’un article très intéressant publié dans « The economist » paru le 12 août 2010.
L’innovation sociale à la mode des deux côtés de l’Atlantique
Dans son article intitulé « Let’s hear those ideas » (écoutons leurs idées), The Economist témoigne de l’intérêt grandissant des gouvernements pour l’entrepreneuriat social en relevant deux faits politiques récents de chaque côté de l’Atlantique. Le 22 juillet dernier, l’Administration Obama a rendu publique les 11 premiers investissements de son Social Innovation Fund, un fond d’investissement social de 124 millions de dollars (dont 50 millions d’argent public et 74 millions issus de fonds privés) qui vise à soutenir et étendre les innovations sociales « qui marchent » en matière de santé, de création d’emplois et de soutien à la jeunesse. Ce fond, projet phare du Bureau d’Innovation Sociale et de Participation Civique crée par Obama peu après son entrée à la Maison Blanche, a visiblement inspiré David Cameron, le Premier Ministre britannique, qui a annoncé en juillet la création d’un fond similaire, the Big Society Bank pour soutenir les entrepreneurs sociaux au Royaume Uni.
Qu’y a t-il de si révolutionnaire ?
Interviewé par the Economist, M. Goldsmith, expert en innovations sociales à Harvard, explique qu’avec la montée de l’entrepreneuriat social nous entrons dans une nouvelle ère.
Depuis les années 70’s, les gouvernements ont cherché à développer les partenariats public-privés pour sous-traiter certains services publics à des associations ou à des entreprises. Au dela de l’amélioration de la qualité des services proposés, le principal objectif était de réaliser des économies substentielles. La nouvelle tendance que nous observons actuellement va beaucoup plus loin : l’idée est de transformer les services publics en s’appuyant sur le génie et les innovations d’individus du secteur privé, les entrepreneurs sociaux.
Des synergies encore quasiment inexploitées
Après avoir étudié plus de 5 social-business dans des domaines et des pays différents, il est clair pour nous que les pouvoirs publics ont beaucoup à gagner à identifier et soutenir des entrepreneurs sociaux innovants. Parmi les exemples les plus frappants qui nous viennent à l’esprit, les bénéfices potentiels du déploiement de Gyan Shala pour le gouvernement indien. Gyan Shala, que nous avons etudié à Ahmedabad, propose un nouveau modèle d’écoles privées à bas cout qui apporte une solution sur-mesure à la crise de l’éducation primaire et secondaire du sous-continent indien (faible taux de scolarisation des populations pauvres, mauvaise qualité des écoles publiques, pénurie de professeurs qualifiés, ressources limitées…). En assurant un enseignement de qualité pour tous, à un cout de scolarisation annuel par élève 4 fois inférieur à celui des écoles publiques, on comprend les gains potentiels pour le Ministère de l’Education indien. La Municipalité d’Ahmedabad ne s’y est d’ailleurs pas trompée en testant actuellement le modèle Gyan Shala dans les écoles municipales de la ville.
La barrières sont encore nombreuses
La collaboration entre entrepreneurs sociaux innovants et pouvoirs publics se heurte à de nombreux obstacles qu’il va falloir surmonter rapidement. En voici quelques uns :
> Méconnaissance de l’entrepreneuriat social dans les collectivités et institutions publiques (d’ou notre volonté à notre retour de faire une tournée de sensibilisation au social business dans les collectivites locales)
> Bureaucratie et inertie des institutions publiques : changer les mentalités, casser les veilles traditions, révolutionner l’allocation des budgets annuels, créer de nouveaux outils de financements sociaux…tout un programme !
> Comment identifier une innovation qui marche ? Développer de nouvelles méthodologies pour mesurer et comparer l’impact social des ONG et entreprises sociales. Un des outils les plus prometteurs selon nous est la méthode Social Return On Investment (développé par la New Economics Foundation de Londres) qui permet de monétiser les impacts sociaux (pour 1 euros investis dans tel social business, ce sont l’équivalent de 5 euros crées pour la société en terme d’impact social).


