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« Aide Fatale » vs Vodacom et Zantel

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Impossible de ne pas penser à « Aide fatale » (Dead Aid) quand on voyage en Tanzanie. Ce livre écrit par Dombissa Moyo, une ancienne cadre de la Banque Mondiale, a fait polémique l’année dernière en prônant l’arrêt définitif de l’aide au développement en Afrique. Selon elle, les 300 milliards de dollars d’aide reçus par les pays africains depuis 1970 ont été contre-productifs, voir nuisibles, favorisant la corruption et décourageant la libre entreprise.

Dans le top 5 des pays les plus aidés depuis 30 ans, pour quels résultats ?

La Tanzanie se maintient depuis 30 ans dans le top 5 des pays les plus aidés au monde. Selon l’OCDE, elle était même le pays africain le plus aidé du monde en 2007, recevant plus de 2,7 milliards de dollars. Avec autant d’argent injecté dans l’économie chaque année, on pourrait s’attendre à voir de réels progrès en matière d’éducation, d’infrastructures,  d’accès aux soins, de développement économique…

Pourtant, les observations de terrain que nous faisons après plus d’un mois dans le pays ne vont pas dans ce sens.

Infrastructures : les routes goudronnées en Tanzanie restent une exception : entre Mwanza et Arusha, respectivement 2ème et 3ème villes du pays, il faut compter 6h de pistes sur les 12h de trajet. La nuit les campagnes sont plongées dans l’obscurité, car 90% de la population n’est pas raccorde au réseau électrique.

Education : les frais de scolarité représentent un poste de dépense majeur pour les familles.  Pour Joachim, notre guide sur le Kilimanjaro, les frais de scolarité de ses trois enfants représentent environ deux mois de salaire. Quand aux études supérieures, elles sont inaccessibles aux 89% de la population qui vit avec moins de 2$ par jour.

Santé : L’espérance de vit dans le pays était de 56 ans en 2008 et même si, aux dires des locaux,  la situation s’est améliorée, le paludisme reste la première cause de mortalité du pays.

Interrogés sur l’échec de l’aide au développement dans leur pays, les Tanzaniens pointent du doigt la corruption et le népotisme des élites politiques et la démarche inappropriée (laxisme ?) de nombreux bailleurs de fonds qui distribuent l’aide au développement « comme des cadeaux de noëls », faisant fleurir quantité de faux projets humanitaires dont le seul but est de détourner une petite partie fleuve de dollars de l’aide qui irrigue le pays…Comme le dit avec une pointe de cynisme Mohamedrafik, le patron de Zara Solar, « le meilleur moyen de gagner de l’argent en Tanzanie est de monter une ONG ! »


La capacité du secteur privé à toucher les plus pauvres

IMG_6047-WEBMais après avoir voyagé dans le pays, un autre constat nous semble encore plus frappant: les seules organisations capables de toucher l’ensemble de la population du pays, y compris les villages les plus isolés sont les entreprises. Dans les villages que nous avons traverse il n’y a ni route, ni eau courante, ni tout-à-l’égout, ni électricité, mais la plupart des habitants ont un téléphone portable et boivent du Coca Cola. En moins d’une décennie, l’industrie des télécom a permis à la population d’avoir accès aux moyens de communication modernes (à l’exception d’internet). Plus de 30% de la population a un téléphone. Même les Maasaï du nord du pays, dont  les coutumes et le mode de vie n’ont pas changé depuis des siècles, arborent fièrement leur Nokia, place dans un étui sur leur ceinture à côté de leur couteau traditionnel.

Si l’aide au développement pouvait être aussi efficace que Coca-Cola ou Vodacom, les objectifs du millénaire seraient atteints depuis longtemps en Tanzanie. N’est ce pas un peu ce que propose Yunus avec le social-business ?

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