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ADAPT Egypte

Portrait d’Hany El Miniawy, fondateur d’ADAPT

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Hany El Miniawy est un architecte hors du commun qui utilise l’architecture et l’urbanisme pour lutter contre la pauvreté. Son cabinet, ADAPT (Appropriate Development, Architecture & Planning Technologies) utilise une partie des profits générés par les projets classiques d’architecture pour développer l’accès au logement en Algérie ou réhabiliter des bidonvilles en Egypte.

 

9h30 nous arrivons dans les locaux d’ADAPT, au cœur d’Heliopolis, un quartier résidentiel du Caire au style colonial, non loin de l’aéroport. Dans son bureau, Hany El Miniawy, auréolé d’une fumée de cigarette, prend le thé, paisiblement. Sa moustache, pleine de malice et ses yeux vifs en disent long sur cet architecte Egyptien révolutionnaire, qui compte parmi ses admirateurs, certains des plus grands architectes du monde. Hany est en effet reconnu dans le milieu pour avoir posé les jalons d’une stratégie d’urbanisme et de logement social en faveur des plus déshérités en Egypte et en Algérie.

 

 

De Woodstock au Sahara

La génération de mai 68 est la première génération véritablement globalisée. Les concerts de Woodstock raisonnent jusque qu’aux pyramides Egyptiennes et dans la tête du jeune Hany El Miniawy. A 19 ans, alors qu’il est encore étudiant en Architecture and Fine Art à l’Université de Helwan il décide de partir pour l’été en Europe, à Paris d’abord, puis au gré des rencontres et des opportunités, en Allemagne où il s’installe deux ans, et à El Waad en Algérie. Dans cette région désertique négligée par le régime central, Hany participe à une mission de coopération et enseigne les bases de l’architecture aux communautés locales. Le jeune diplômé, qui s’est toujours demandé pourquoi on enseignait le modèle d’architecture occidental en Egypte, alors qu’il n’est adapté ni au climat et ni aux contraintes locales, va beaucoup apprendre au contact des populations du désert et mettre en pratique ses idées en Algérie. « Nous n’apportons pas de solutions préconçues. Tous mes projets partent des besoins prioritaires des communautés, de leurs modes de vie et de leurs traditions architecturales qui sont le fruit de centaines d’années d’expérience du climat local. Nous utilisons la science principalement pour enrichir ces savoir-fairetraditionnels ».

 

L’Algérie : des projets pour les pauvres et portés par les pauvres

Initialement parti pour 6 mois en Algerie, Hany y restera 14 ans. Rapidement rejoint par son frère Abdel, il coupe sa barbe et ses cheveux longs pour fonder avec lui son premier cabinet d’architecture qui se spécialise dans le logement social. Ils systématisent une démarche participative, qui part des besoins locaux afin de garantir l’utilité sociale et l’appropriation des projets par les populations bénéficiaires. Pour Hany El Miniawy l’architecture n’est qu’un prétexte pour lancer une dynamique sociale positive dans les quartiers défavorisés et redonner confiance à des populations déracinées et démunies. Plutôt que d’imposer des solutions, Hany s’appuie sur les méthodes d’architecture traditionnelles et utilise les ressources locales, y compris des déchets (poussière de ciment, …). Les coûts des projets sont ainsi considérablement réduits. L’utilisation de matériaux locaux permet de s’affranchir des couts de transports et de matériel spécialisé et les jeunes des quartiers, formés aux techniques de construction, composent le gros de la main d’œuvre et assurent la continuité du projet. De passage en Algérie il y a deux ans, Hany n’a pas reconnu le quartier qu’il avait conçu dans les années 80 à El Wad : la population locale a étendu le projet initial de 400 maisons à 8500 maisons !

 

Retour au pays : faire passer des populations de l’économie informelle à l’économie formelle

A son retour en Egypte, en 1988, l’économie est en plein boom et le pays n’a plus rien à voir avec le désert des années 70… Mais le développement économique va de pair avec un exode rural massif que les villes sont incapables d’absorber. Des millions de personnes viennent s’entasser dans les bidonvilles à la périphérie du Caire, de Luxor, de Sharm Al Cheikh. Ces banlieues informelles, insalubres et ignorées des pouvoirs publics sont dépourvues d’écoles, de transports en commun, de ramassage d’ordures, de tout-à-l’égout, et leurs habitants vivent constamment sous la menace d’une démolition. C’est dans ce contexte que Hany et son entreprise, ADAPT, interviennent et appliquent leur méthode de construction participative, testée avec succès en Algérie pour réhabiliter les bidonvilles et les faire reconnaître par les pouvoirs publics. Sa démarche innovante et compétitive lui permet d’obtenir des financements pour les projets d’urbanismes dans les quartiers oubliés du Caire ou de Sharm Al Cheikh.

Aussi à l’aise dans les dîners mondains avec le ministre de la culture et la femme du président Mubarack qu’avec les chiffonniers du Caire, Hany se bat pour faire tomber les préjugés qu’ont les élites et les classes moyennes sur les populations pauvres en Egypte. Pour chacun de ses projets, il organise des visites de terrain et une inauguration en grande pompe par les autorités, qui permet une reconnaissance officielle du quartier et de ses habitants comme partie intégrante de l’agglomération urbaine (et donc une garantie de non démolition).

 

Des gens « Pauvres en argents, riches en emotion »

Notre journée se termine dans les bidonvilles du Caire. Hany veut nous montrer l’impact de ses projets et nous faire rencontrer les populations avec lesquelles il travaille « pauvres en argent, mais riche en émotion », comme il dit. Nous réalisons alors toute la dimension de son action : Partout où nous allons, Hany est accueilli en héros par les habitants, toutes générations confondues. Sur le chemin du retour, Hany nous confie qu’il pense sérieusement à écrire un livre sur sa vie, pour transmettre son expérience. La semaine prochaine, il est invité par « son ami » Muhammad Yunus, au Bangladesh, et il n’est pas impossible que ce voyage fasse des étincelles !

 

 

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